Après des vacances bien méritées l’heure est venue de se préparer à une nouvelle rentrée des classes…Eh oui, les touristes partis, le
village petit à petit se retrouve face à lui-même…et les enfants « montent de classe », comme dit le
poète.
Alors adieu les grasses matinées et bonjour trousses et cahiers !
Voilà donc un moment important, essentiel, de l’année, le moment où l’école reprend toute sa place.
L’école est avant tout le lieu de la socialisation, de l’apprendre à vivre ensemble, l’école est ce qui va en partie, déterminer la
société de demain et les citoyens qui la composeront. Se posent alors la concernant de nombreuses questions :
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Comment l’école prend-elle en compte les inégalités de départ entre les élèves qu’elle accueille ?
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Quelle culture transmet-elle et de quelle façon ?
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Quelle place fait-elle à la coopération, à la compétition ?
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Quelle place fait-elle au sein des groupes constitués à l’expression des individualités ?
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Comment l’école est intégrée à la société ?
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En bref quelle société l’école contribue-t-elle à fabriquer ?
Pour répondre en partie et de manière succincte à ces questions, attachons nous maintenant à la réalité de ce qu’est l’école
aujourd’hui.
L’école est le lieu privilégié de la reproduction des inégalités de
départ. Elle est construite pour dégager une élite en « sélectionnant » petit à petit les individus les plus « capables » et en "éliminant"les autres. Cela s’appellerait la « méritocratie », pilier de la doctrine de notre gouvernement en matière d’éducation. Cette doctrine relèverait du bon
sens dans un parfait syllogisme :
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L’état a besoin d’une élite
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Cette élite sera sélectionnée sur son mérite
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Le mérite se mesure au travail fourni
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Seul le travail permet d’obtenir de bonnes notes à l’école
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Les élèves ayant les meilleures notes sont les plus travailleurs et donc les plus méritants
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Les meilleurs élèves doivent constituer l’élite de la nation…
Implacable, non ?
Sauf que…
Sauf que, outre le fait que l’on peut s’interroger sur la nécessité d’avoir une « élite » pour présider aux destinées d’une nation et l’organisation verticale plutôt qu’horizontale d’une société de citoyens,
cette démonstration va se heurter à quelques faits réels et incontestables.
En premier lieu, on peut s’interroger sur cette notion de mérite. Comment mesurer le
mérite ? Sans rentrer dans la caricature, on peut se demander quel est l’élève le plus méritant entre celui qui obtient 15/20 en maths après que
ses parents lui eurent payé de nombreuses heures de soutien et celui qui obtient 9/20 en n’ayant personne à la maison en mesure de lui expliquer ce qu’il n’a pas compris.
Cette notion de sélection au mérite est une malhonnêteté intellectuelle
absolue dans l’état actuel du fonctionnement de l’école. Ecole qui transmet la culture des dominants, en utilisant leurs codes et leur langage et en
marquant du sceau de l’infamie les modes d’expression des classes moins favorisées.
Les statistiques et les enquêtes des sociologues (de BOURDIEU et PASSERON jusqu’à DURU-BELLAT) démontrent de manière implacable que
les plus hautes écoles, les concours et études les plus prestigieux sont trustés par les enfants de familles favorisées tandis que les études courtes voir écourtées sont réservées aux enfants de
chômeurs, d’ouvriers et d’employés. C’est une réalité, un constat…un constat inacceptable et écœurant !
L’école, loin de compenser les inégalités de départ, les reproduit, les renforce, les légitime !
Alors qu’une réelle volonté d’atténuation des inégalités passerait par plus
d’école, par mieux d’école, par des accompagnements
éducatifs périscolaires renforcés, à quoi assiste-t-on ces dernières années ?
A des suppressions massives de postes dans
l’éducation nationale, à la disparition des réseaux d’aides aux élèves en grandes difficultés, à la
multiplication des coupes sombres dans les associations péri-éducatives, à la mise en place d’un
arsenal répressif sans précédent, à la négation du statut de l’enfant et de son droit à l’erreur (remise en
cause de la loi de 1945).
Ainsi cette année, en primaire c’est un poste en moins par élève
supplémentaire qui a été décidé (9000 postes de moins pour 9000 élèves de plus !). C’est la mise en place de toujours plus d’évaluations n’ayant
d’autres vocations que de catégoriser les élèves. Oui, cette année encore, c’est la rentrée des crasses qui s’annonce. Des communes, désespérées de voir disparaître leur école ou certaines de leur classe en sont à imaginer payer sur leurs deniers propres les postes
d’enseignant ! Voilà un retour de 150 ans en arrière lorsque les communes finançaient le salaire des instituteurs !!!
Voilà où mènent le progrès et la modernité de l’UMP : au milieu du 19èmesiècle !
L’on pourrait parler aussi de la place qui est faite aux élèves en situation de handicap. Depuis la loi Montchamp de 2005, ces élèves
qui étaient auparavant accueillis dans des structures spécialisées doivent être scolarisés en milieu ordinaire.
On ne peut que se féliciter de l’esprit de la loi qui reconnaît le droit à chacun de faire partie intégrante de la société, mais on ne
peut que s’indigner que cette intégration ne se fasse bien souvent qu’à moyens humains constants voire en baisse : ces enfants sont mis dans des classes avec au mieux une personne
supplémentaire, sans aucune formation spécifique, payée au lance-gaule et avec un contrat à durée (très) déterminée ! Ce traitement réservé à ces enfants est proprement scandaleux et indigne
d’une société moderne.
Nous ne pouvons plus nous reconnaître dans cette école, nous exigeons une autre
école, pour nos enfants, pour la société de demain, nous exigeons une école qui soit un lieu d’émancipation, qui reconnaisse chaque individu en tant que tel, qui lui permette de s’intégrer dans
un groupe, en faisant l’apprentissage effectif de la coopération.
L’école que nous exigeons mérite des moyens, on ne pourra pas faire l’économie
de ceux-ci, ils sont un investissement pour l’avenir. Rappelons qu’en Finlande, système scolaire reconnu
pour l’excellence de ses résultats, les enfants ne connaissent pas le redoublement ni les notes avant l’âge de 14 ans, que le travail en petit groupe est la règle, que les écoles voient
travailler de nombreux personnels : enseignants, maîtres spécialisés, psychologues…et que contrairement à la France, les inégalités de départ jouent peu dans la réussite finale des élèves,
et que ceux-ci ne sont pas stressés par l’école.
Un projet politique sérieux ne pourra pas être réalisé sans accorder à l’école la place qu’elle mérite. Cela ne pourra et ne devra se
faire qu’avec les citoyens, car l’école ne doit pas être l’école d’une élite, elle doit être ce que FREINET appelait « l’école du
peuple ».
Le Front de Gauche ouvre ce chantier, vous pouvez y contribuer !
Cédric FORCADEL,
Romilly-sur-Andelle
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