La nouvelle perspective ouverte par le
Front de Gauche redonne espoir. Cinquième force politique
du scrutin européen, ce mouvement unitaire a réussi son pari.
Il n’en demeure pas moins que l’absence de perspectives à gauche pénalise l’ensemble de la gauche.
Et l’échec du Front de gauche, pénalisé par la stratégie unitaire du NPA a été de ne pas réussir à transformer la colère sociale en geste politique.
Il faut néanmoins poursuivre notre appel à l’élargissement sur la base d’un projet politique. Un projet clair, en rupture avec le capitalisme.
Être moderne pour la gauche aujourd’hui, ce n’est plus être dans les contradictions. Vouloir sauvegarder la planète n’est pas compatible avec l’acceptation des lois capitalistes, codifiées dans le traité de Lisbonne par exemple. Il ne peut y avoir d’avenir durable pour notre planète tant qu’elle sera régie par la Loi de la concurrence de tous contre tous et de la liberté totale de circulation des capitaux.
Alors ne nous faisons pas avoir par ceux qui prétendent incarner à tout prix la gauche moderne. Ceux qui s’auto proclament les bien pensants de la politique de gauche. Ceux qui voguent au gré du vent entre le Modem de Bayrou, les verts de Cohn-Bendit le temps de se refaire la mise.
Attention donc à la gauche opportuniste qui souhaite un rapprochement avec le centre droit. Ce n’est pas comme cela que les électeurs auront la lisibilité nécessaire, ni les garanties d’une transformation profonde de la société au service de plus de justice sociale.
Dans une nouvelle configuration politique unitaire, le Front de gauche tend la main à d’autres forces de gauche progressistes, à des militantes et militants socialistes, altermondialistes, écologistes, féministes, associatifs ou syndicaux et à toutes celles et ceux qui se réclament de l’anticapitalisme. Une main tendue, non pas pour un ralliement, mais pour proposer à tous de s’inscrire, à égalité, dans un processus de construction démocratique jusqu’à devenir un front unitaire des citoyens, un rassemblement majoritaire de notre peuple, devenu maître d’un processus original de rupture avec l’ultralibéralisme, inventant un changement jusqu’à construire une société et un monde post-capitalistes.
La section Eure Seine travaille en ce sens et va dans les prochains jours accentuer les rencontres, les débats pour mener à bien cette belle aventure, remplie d’espoir.
AL
Les élections européennes ont donc rendu leur verdict, riche d’enseignement :
Tout d’abord une très forte abstention. Sur ce point, il serait intéressant d’étudier la sociologie et les motivations (ou l’absence de motivation) des abstentionnistes. Quoi qu’il en soit, cette très forte abstention conforte l’enjeu primordial de l’éducation populaire et politique du plus grand nombre. Il acte aussi l’impuissance absolue des appareils politiques à utiliser les médias pour démontrer l’importance de la chose politique. C’est donc au niveau local que les choses peuvent (et doivent) se jouer. Il ne faut rien attendre d’un miracle médiatique et cesser de se lamenter sur l’absence de nos idées dans les principaux médias généralistes. Nous devons nous emparer des enjeux de la société, de notre société, afin de porter nos propositions au niveau local. Cette « propagande » doit s’opérer de deux manières : propagande des idées à travers des réunions publiques, des distributions de tracts… et propagande par le fait en mettant en œuvre, concrètement, nos idées. Cela peut exister à travers l’action des associations et des collectivités locales.
Deuxième enseignement, l’UMP reste en tête, le PS termine sa lente agonie et la valse des partis zapping se poursuit.
Après le Modem, c’est au tour d’Europe écologie de créer la « surprise » du scrutin. On peut toutefois penser que cette aventure risque de ne pas devoir se confirmer tant cette formation, même si elle est porteuse d’enjeux essentiels et que personne ne saurait plus nier, ne parait pas « armée » pour remporter des élections locales : déficit de structure, contradictions idéologiques des principaux leaders…
Le PS, parti politique qui n’a plus rien de « socialiste » depuis bien longtemps, la moitié de ses électeurs ne le jugeant pas suffisamment de gauche, poursuit sa lente agonie.
L’UMP serait donc le grand vainqueur de ses élections, surfant sur la disparité des partis de « gauche » (au fait ça commence où la gauche ?) et sur l’inculture politique d’un grand nombre de citoyens. Ce parti doit être combattu sur le terrain des idées, à la fois en proposant une analyse des thèses libérales de l’UMP et de leurs conséquences concrètes et en étant capables d’être à l’initiative de propositions communistes réalistes.
C’est pourquoi je vous propose aujourd’hui de nous intéresser à la question, centrale chez l’UMP, des salaires. Tout le monde a encore à l’esprit les promesses de campagne du candidat Sarkozy : « travailler plus pour gagner plus ». Cette promesse reposait sur la possibilité « offerte » aux salariés d’effectuer des heures supplémentaires défiscalisées afin d’augmenter le salaire inscrit sur leur feuille de paie.
Cette théorie est bien entendu une absolue escroquerie intellectuelle, je développerai ici deux points particuliers pour l’attester:
-tout d’abord, les salariés étant subordonnés à leur employeur, ils ne peuvent pas « choisir » librement d’effectuer des heures supplémentaires. Cette mesure, loin d’être un avantage offert aux salariés, est en fait une possibilité pour les patrons de mettre en concurrence leurs salariés, les plus enclins à effectuer des heures supplémentaires prenant à leurs yeux un avantage sur le reste des salariés.
-Ensuite parce que cette mesure va avoir pour conséquence de réduire les rentrées fiscales, parce que les heures sup’ sont défiscalisées et parce qu’il devient moins couteux de faire des heures sup’ que d’embaucher de nouveaux personnels.
Or, il faut bien garder à l’esprit que notre salaire « global » est composé à la fois du salaire « direct », celui qui se trouve en bas de notre feuille de paie, et d’un salaire « indirect », c'est-à-dire l’ensemble des prestations sociales auxquelles nous avons droit (sécurité sociale, retraite, éducation gratuite…).
Il faut aussi garder à l’esprit que ce salaire « indirect », ces prestations sociales sont fortement liées aux rentrées fiscales. Qui dit baisse des rentrées, dit baisse des prestations et donc baisse du salaire « indirect » !!
A quoi assistons-nous ces dernières années : à une baisse continue de ce salaire indirect, déremboursement des médicaments, franchises médicales, allongement des cotisations retraites et baisse de cette même retraite…la liste est longue !
Le constat s’impose donc de lui-même et il est important de le diffuser : notre salaire global est en chute libre ! On nous propose de travailler plus pour gagner moins !
Ce que nous devons proposer c’est : changer plus pour gagner plus ! Changer radicalement la logique capitaliste en rétablissant les cotisations sur les heures supplémentaires, en supprimant les allégements de charge pour les entreprises, en conditionnant l’attribution de subventions publiques à la possibilité pour les salariés de peser dans les choix stratégiques des entreprises…
Les solutions existent, nous devons en débattre pour ensuite les diffuser et les faire vivre. Les communistes, dans les sections et dans les cellules doivent produire de tels propositions et de tels argumentaires.
J’ai la conviction que c’est la seule solution qui permettra aux citoyens de voter et d’agir en conscience.
N’hésitez pas à réagir pour partager vos idées, vos divergences et enrichir cette réflexion
Cédric Forcadel, Romilly sur Andelle
Mes chers Amis,
Il reste 6 jours avant les élections européennes. Nous avons fait une campagne soutenue depuis déjà 6 mois et je tiens à remercier tous nos militants, sympathisants pour leurs initiatives sur le territoire Eure Seine : réunions publiques, boîtage, marchés, porte à porte, etc.
Je suis réellement touché de voir que notre travail paie
puisque nous pouvons observer depuis déjà quelques semaines un élan populaire pour le Front de gauche.
C’est cette démarche unitaire qui paiera pour l’avenir. C’est cette unité au service de la construction d’une autre société débarrassée du capitalisme que nous sommes en train de construire
doucement.
Aujourd’hui, force est de constater les limites de la sociale démocratie qui n’apporte pas de réponses objectives quant à l’avenir de l’Europe (c'est certainement pourquoi elle refuse tout débat contradictoire avec le Front de gauche). D’ailleurs, n’a-t-elle pas été souvent aux responsabilités à Bruxelles sans marquer sa différence ?
Il est aussi regrettable que le NPA fasse cavalier seul à ces élections !
Aujourd’hui, le vote utile, responsable, courageux, le vote unitaire: c’est le Front de gauche.
Une très belle surprise peut nous attendre dimanche soir, et vous en serez les bâtisseurs.
AL.
Photo de Jacky Hénin et Christian
Jutel
« Le peuple est un troupeau égaré, bien trop émotif, incapable de s’occuper de ses propres affaires, et qui doit être encadré, contrôlé et conduit par une avant-garde, une élite de décideurs éclairés. Les gens doivent être détournés vers des buts inoffensifs. Il faut les noyer, les assommer sous une masse d’informations qui ne leur laisse pas le temps de réfléchir. Il faut les persuader qu’ils sont incapables de provoquer des changements, il faut les convaincre que la révolte entraine toujours le pire, il faut les faire voter de temps à autre, leur donner l’illusion de décider, l’illusion nécessaire ».
Si j’ajoute que Lippmann est né en 1889 (décédé en 1974) et que c’est un colloque portant son nom organisé en 1932 qui a fondé le néolibéralisme, cela éclaire encore un peu plus ses propos…Toute ressemblance avec un mode d’organisation de nos sociétés ne serait pas complètement fortuite…
Cela interroge sous un jour nouveau le mode d’organisation « démocratique » des sociétés dites « développées ». Nous vivons en effet dans une « démocratie » de type parlementaire, c'est-à-dire dans laquelle une minorité, certes désignée mais j’y reviendrai, reçoit mandat pour diriger aux destinées de l’ensemble des habitants du territoire (commune, département, région, état, cadre supranational-Europe-).
A partir de l’élection, l’élu va disposer de formidables pouvoirs d’intervention sans que quasiment aucun contrôle ne puisse être exercé par le peuple : un élu n’est pas révocable parce qu’il ne fait pas ce pourquoi il a été choisi ! Le scandale du NON au référendum européen en était la preuve criante : les députés, élus du peuple, se sont assis sur le choix opéré en 2005 pour ratifier honteusement le traité de Lisbonne !!
A cela, Churchill répondait par une formule restée célèbre : « la meilleure critique de la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen ». Nul besoin donc, selon lui, de rendre des comptes aux électeurs puisque ceux-ci ne sont que des ânes servant à légitimer ou asseoir le pouvoir d’une « élite de décideurs éclairés ». Nous sommes bien loin de la formule de Lincoln (copiée à Périclès) : « La démocratie c'est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. »
Notre système politique est d’une farouche hypocrisie : sous prétexte que nous avons le droit de vote, nous sommes en démocratie ! Mais voter n’est qu’un choix fait parmi une série de candidats, en subissant fortement l’influence de notre environnement, des médias… et sans pouvoir influer, dans l’immense majorité des cas, en amont sur le projet porté par le candidat.
Le système tel qu’il existe ressemble furieusement à la vision de la démocratie de Lippmann : une poignée d’hommes et de femmes aux intérêts convergents, président à la destinée du troupeau de moutons que l’on maintient délibérément dans une ignorance et un désintérêt de la chose publique.
Ajoutons à cela la volonté du gouvernement, appuyé par la commission Balladur, de supprimer au maximum les échelons les plus locaux de la vie politique (communes et départements), donc les possibilités les plus fortes de l’existence d’une vie démocratique. En tant que citoyen électeur, j’ai en effet plus de probabilité de rencontrer le maire de ma commune (en mairie, au marché…) et de lui transmettre mes doléances que de rencontrer mon président de région ou un ministre pour lui faire entendre ma voix. Sur ce point précis, on peut d’ailleurs s’étonner du calendrier retenu pour cette réforme Balladur, vouloir fusionner les communes ou les régions aurait paru moins intéressé lorsqu’elles étaient majoritairement à droite…
On le voit ici clairement, plusieurs mesures sont urgentes à prendre pour améliorer notre système démocratique (la liste étant loin d’être exhaustive et ne constituant qu’un préalable) :
Renforcement des échelons locaux de la vie démocratique (pas touche aux communes !)
Chaque élu du peuple doit pouvoir être révocable par référendum dès lors qu’il « trahit » le programme pour lequel il a été élu.
Une véritable « éducation populaire » doit être mise en place, accessible à tous, quelque soit son capital financier, tout au long de sa vie. Cela afin de permettre à chacun d’être un « décideur éclairé », citoyen actif, lucide et responsable. Cela peut (et doit) être fait localement, en mettant en commun nos ressources culturelles (livres, peinture, musique, connaissances et réflexions personnelles) afin de les partager et de les enrichir. Un parti comme le parti communiste, qui a si bien su le faire, doit apporter la culture à ceux qui n’y ont pas accès, par manque de moyens ou par habitude : bibliothèques itinérantes, projections-débat, spectacles, café-débat… Car c’est la compréhension du monde et de ses mécanismes qui permettra à chacun de devenir « citoyen », de s’émanciper, de se placer en tant que sujet agissant pour bâtir des projets communs.
Renforcer le rôle des partis politiques, et le notre en premier lieu. Cela passe aussi par la démonstration de notre force émancipatrice pour les citoyens, au travers notamment des actions d’éducation populaire et des luttes sociales. Cela doit ensuite permettre d’impliquer les citoyens dans la construction des projets et programmes politiques. Le vote ne serait alors plus un choix, mais une décision, il ne serait plus une sélection mais une construction !
Nous pouvons, localement, améliorer la vie démocratique en donnant vie à une véritable « éducation populaire partagée » …alors, chiche ?
Cédric Forcadel, Romilly sur Andelle.
Il y a un avant et un après le 29 janvier. Ce mouvement social est remarquable par sa puissance, ce qu’il exprime comme inquiétudes profondes du pays, les colères, le refus de payer la crise, le besoin de changement, le besoin d’unité.
La dimension populaire, avec beaucoup de jeunes, des gens qui manifestaient pour la première fois doit faire réfléchir. Le refus de payer la crise, au coeur du mouvement, a un caractère éminemment politique. C’est un des traits nouveaux de ce mouvement, à travers l’ampleur des grèves et des manifestations. Remarquable aussi la qualité de la plate-forme syndicale unitaire, le haut niveau de revendications et de propositions qu’elle porte. Quelque chose se passe dans les profondeurs du pays, en relation avec la conscience des causes et des conséquences lourdes présentes et à venir de la crise. La situation politique en est modifiée. Toutes les forces politiques sont confrontées à ce bougé profond. La droite et Sarkozy en premier lieu. Mais aussi à gauche. On aura remarqué la présence socialiste affirmée, et qui n’a pas provoqué de réactions négatives dans les manifestations. Au contraire.
C’est que s’exprime dans le pays un très puissant besoin "d’être ensemble". (Il a sans doute rendu possible l’exceptionnelle unité syndicale). Un besoin d’union à partir, non pas d’un programme politique, mais d’exigences dans laquelle se reconnaît une majorité de la population.
Quelles conséquences en tirons-nous pour notre intervention, et dans la campagne des élections européennes ? Qu’est ce que cela change et offre comme opportunités, à condition de faire ce qu’il faut ? Pouvons-nous simplement continuer comme avant, comme s’il n’y avait pas du nouveau ?
Ce mouvement massif, populaire, sur une plate-forme de haut niveau, nous place devant une contradiction. D’une part il faut répondre à la montée de l’exigence populaire de se rassembler pour faire face à la crise, combattre les politiques de droite et imposer un changement de politiques. D’autre part, la stratégie électorale d’alliances, en l’état actuel des choses, porte le risque, que beaucoup mesurent, de nous enfermer dans la "gauche de la gauche", en décalage avec le 29. De l’analyse que nous faisons du 29, - en relation avec les conséquences de la crise -, de sa profondeur et de sa portée, dépend le type de campagne que nous allons mener pour les européennes, intégrant changement en France et changement en Europe. Il s’agit d’apporter les réponses appropriées à la situation nouvelle en proposant aux autres forces de gauche, pas seulement de "soutenir", comme cela se fait traditionnellement, mais de se mettre au service du mouvement, de la plate-forme unitaire, dans laquelle se reconnaissent des millions de femmes et d’hommes, et qui leur a donné la confiance d’agir, et d’agir ensemble. Cette question devrait faire l’objet de discussions dans tout le parti, après le Conseil national, et de débats ouverts dans tout le pays.
Pour les européennes, il faudrait travailler à des candidatures qui portent ce message, et dans lesquelles se reconnaissent celles et ceux qui ont retrouvé espoir avec le 29 janvier. Il s’agit de porter dans la campagne une réponse forte à l’aspiration au changement et à l’union pour faire face à la crise, dans ses dimensions européennes, en phase avec ce qui s’est exprimé si fortement. Nous pourrions dans ce même esprit lancer un appel à travailler à gauche pour un "Pacte européen anti-crise d’urgence", à partir des réalités de la crise, de l’échec des politiques libérales et social-libérales, et du bougé de la situation.
S’il y a un avant et un après le 29 janvier, il faut en tirer les conséquences. Il faut discuter sur ce que cela change. Il faut consacrer le temps nécessaire à un échange, non seulement sur l’analyse du 29 janvier, mais aussi sur ce que cela voudrait dire pour le PCF de se mettre au service du mouvement, afin d’être à la hauteur du moment, être visible dans le débat politique, et surtout être utile au pays.
Daniel Cirera