Le mot pour dire

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LE MOT POUR DIRE

Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 09:23


Même avec une certaine expérience parlementaire, défendre des idées sur le fond en trois minutes est particulièrement difficile ! Les résumer en 15 lignes, quasiment du domaine de l’impossible !

En disant cela, je ne mets personne en cause, tout au plus puis-je avancer que le fonctionnement de notre CN devrait être repensé pour permettre un véritable débat d’idée, une confrontation constructive, de dégager des majorités d’idées partagées et ne pas ressembler à une chambre d’enregistrement ou chacun reste campé sur ses positions, le débat ayant lieu ailleurs, y compris trop souvent en dehors du parti.

Mais le plus complexe pour ce qui me concerne, n’est pas là.

Comme beaucoup de mes camarades (adhésion à 18 ans en 1979) j’ai été élevé dans l’idée que nos problèmes ne concernaient pas les autres et qu’ils se réglaient à l’interne, que l’expression publique d’une non-conformité ou d’une opposition ne pouvait qu’affaiblir.

J’ai été élevé dans cette « famille » où, quelles que soient les difficultés, on se serrait les coudes, on défendait le collectif, où tout acte individuel en opposition ou en différence était considéré comme un acte destiné à affaiblir le groupe…

Cela fera probablement sourire certains, mais c’est ainsi. A partir de cette réalité vous comprendrez probablement le trouble qui est le mien, et combien il me coûte d’intervenir publiquement et pour la première fois, sur des histoires de « famille ».


Une société d’inégalités pour assouvir les plaisirs les plus vils d’une minorité !

Chaque jour qui passe voit la société dans laquelle nous vivons aggraver les inégalités, renforcer la domination d’une minorité, tracer les contours d’une exploitation jamais atteinte et, en parallèle, fait apparaître que la construction d’une société tournée d’abord vers la satisfaction des besoins des femmes et des hommes est du domaine de l’impossible !

Le système économique qui prévaut n’en finit plus de muter au rythme des crises qui sont nécessaires à sa survie.

La situation présente et les perspectives qui nous sont annoncées, nous laissent malheureusement entrevoir que contrairement à l’idée avancée : « demain ce peut être pire !! ».

2,9 Millions de demandeurs d’emplois, 4 millions si l’on ajoute ceux qui ne travaillent que quelques heures par mois. Des millions de travailleurs et de retraités pauvres. Une réalité économique qui pourrait déboucher sur de nouveaux licenciements (on parle de plus de 800 000 demandeurs d’emploi supplémentaires d’ici un an).

Toute une société mise au service de la fabrication de « fric » qui ne sera partagé qu’à quelques-uns. C’est tellement vrai, que des acquis de décennies sont mis à mal pour satisfaire la soif de ces vampires d’un genre particulier. Le gaz et l’électricité, la poste, la santé, la protection sociale, les transports ferroviaires, l’éducation…

Dans le même ordre d’idée et comme l’a défini Marx : «  le capitalisme se régénère par la guerre ou la destruction de capital ». Ainsi, les destructions d’entreprises n’ont, elles, rien d’innocent, puisque la destruction de capital à un endroit (Clairoix dans l’Oise) amène la création de richesses à un autre endroit (Roumanie). Au passage on aura méprisé des salariés, méprisé et spolié le citoyen contribuable, obtenu d’ailleurs des fonds publics pour exploiter de nouveaux salariés.

Toute la société est mise au service du Dieu tout puissant : « fric ». Jamais plus il n’est question d’aménagement du territoire et encore moins harmonieux, les politiques économiques et industrielles ne sont pas développées en fonction des besoins mais en fonction des rapports, les mots « services publics » sont des insanités à bannir du langage, la solidarité ne s’applique que dans un seul sens : tout pour moi rien pour les autres…

Enfin, pour ne rien laisser au hasard, même l’imposition est réorientée avec force dans le même but. Ce sera moins d’impôts pour les puissants et les entreprises et plus pour les salariés et leur famille (taxe carbone, transfert de charges sur les collectivités territoriales, forfait hospitalier…).

Inutile d’aller plus loin, je dirais même que sans ouvrir de perspectives, il ne va pas nous rester beaucoup de solutions.

Alors il nous faut appeler à la révolte, à construire avec les Françaises et les Français une alternative qui s’appuie sur l’histoire et les conquêtes sociales de ce pays, à bousculer l’ordre établi pour mettre en place une société nouvelle.


Quelle crédibilité a la Gauche ?

La question de la crédibilité de la perspective se pose alors avec force. S’il est facile à comprendre que la droite soit au service du capital, il devrait être aisé de faire comprendre que la gauche veut construire une alternative.

Pourtant il n’en est rien, et plus le temps passe moins la gauche dans sa globalité apparaît crédible ! Pourquoi ?

D’abord parce que la gauche, lorsqu’elle en a eu la possibilité, n’a pas mis en place ce pour quoi elle avait été élue. Parfois même, elle est allée au devant des souhaits du capital, et cette réalité et les conséquences pour le peuple de France ont laissé des traces dans l’opinion populaire.

Certes, chacun à l’intérieur de la gauche n’a pas eu le même degré de responsabilité c’est une évidence, mais nous avons payé à la même hauteur que le parti dominant notre engagement pourtant minoritaire dans cette aventure.

Ensuite, parce que la composante jusqu’ici majoritaire de la Gauche n’en finit plus de se « décrédibiliser » aux yeux du peuple, décrédibilisant par la même occasion l’ensemble de la Gauche qui n’a pourtant rien à voir dans ces histoires.

Alors que la droite gouverne et porte des coups terribles, alors que la droite se compromet dans de nombreux scandales, ce sont les ténors du PS qui s’étripent, ce sont des collectionneurs qui se paient des montres à plus de prix, ce sont les élections que l’on bidonne… Bien évidemment, la droite et ses hommes se servent de cette situation, mais sur le fond le mal est fait, la crédibilité mise à mal pour un certain temps.

Enfin, comme si cela ne suffisait pas, tout le comportement de la sociale démocratie laisse pantois. Il y a quelques mois, elle entendait construire l’Europe sociale, aujourd’hui elle vote pour Buzek et Baroso les ultras libéraux. Il y a quelques mois, elle prétendait que toutes les listes qui feraient moins de 10 % aux élections européennes n’auraient pas d’élus (sous entendu « votez pour nous »), aujourd’hui, elle appelle une fois au rassemblement à gauche, une fois au rapprochement avec le Modem. Elle prétend que son seul adversaire est la droite et elle utilise trop souvent les moyens dont elle dispose pour tenter de faire tomber ses partenaires. Comment voulez-vous que les citoyens s’y retrouvent ?


Quelle stratégie mettre en place ?

Si j’en crois mes lectures, nous prendrions nos décisions scrutin après scrutin, luttes après luttes… Mais depuis quand une formation politique digne de ce nom peut-elle se limiter a des objectifs à courts termes sans perspectives à moyens et longs termes ?

Si nous agissions de la sorte nous laisserons croire que nous n’avons pas d’autre objectif que de confirmer les situations acquises par nos partenaires. Nous ne serions présent que pour co-gérer, sans rien disputer. . Inutile, la place est prise et bien prise, laissons-la leur ou ne comptez pas sur nous !

Mais si notre objectif commun est, comme je le crois, l’avènement d’une société plus juste plus humaine plus démocratique, nous devons alors tracer le chemin qui nous permettra d’atteindre le but fixé. Ce chemin s’effectuera probablement par étape. Mais le fil conducteur en sera toujours le même. D’un côté notre affirmation dans un rassemblement aussi large que possible, de l’autre l’union a vocation majoritaire pour construire un autre monde.

Dans ce contexte, pour nous, le cadre d’ensemble c’est évidemment la nation dans l’Europe et dans le monde, avec la déclinaison, dans le cadre d’une politique nationale, des échelons intermédiaires que sont : les villes, les intercommunalités, les Départements, les Régions. Croire qu’il en va différemment est une erreur manifeste. Toutes les politiques sont interdépendantes et doivent poursuivre le même but.

A partir de là, la question d’un examen global des échéances à venir pour construire une autre perspective est posée. Régionales, Cantonales, Présidentielles et Législatives. C’est bien dans un même mouvement qu’il faut penser et agir dans ce calendrier. Certes les élections ne peuvent être confondues les unes avec les autres . Chacune a sa spécificité. Mais c’est le lien entre elles qu’il faut travailler et mettre en valeur. C’est lui qui donne toute sa force à la perspective dans laquelle s’inscrit notre projet global.

J’entends ici ou là : « Il faut une politique à la carte…, doit-on se passer du bon travail accompli par nos camarades ayant assumé des responsabilités…, si nous ni allons pas avec… nous n’aurons pas d’élus. » Dans l’autre sens, j’entends également : « pas d’alliance avec…, pas question de participer aux exécutifs… »

Je propose d’en rester à quelques principes clairs, conforme a notre tradition. Tout doit être fait partout pour battre la droite et s’opposer à sa politique. Partant de là rappelons que la politique de la chaise vide n’ayant jamais rien fait avancé, il est évident que nous entendons assumer des responsabilités surtout si celles-ci permettent aux salariés de pouvoir vivre mieux.

Mais avant même cela il serait décisif d’aller rencontrer les citoyens pour tirer avec eux un bilan, un ressenti des politiques vécues, construire avec eux des programmes de luttes et d’espoirs.

Jusqu’à aujourd’hui ont-ils le sentiment que les Régions ont été des lieux de résistance aux politiques de la droite ? Ont-elles été des lieux d’opposition aux logiques de rentabilité ? Ont-elles répondu aux demandes multiples de contrôle de l’argent public ? Se sont-elles associées pour faire front ? Ont-elles contribué à mettre en œuvre des orientations économiques novatrices ? Sans rencontres, pas de réponses, et sans réponses, ni validations, ni réorientations si nécessaire.

Pour poursuivre, en quoi le fait de proposer une ligne commune pour faire front au capital amènerait-il à se priver du bon travail de nos élus ? Au contraire, servons-nous de ce bon travail et de nos différences pour faire valoir nos idées ! En quoi le fait de nous présenter, avec d’autres qui apporteraient leurs différences (comme ce fut le cas lors des Européennes) et nous permettraient de nous enrichir, nous affaiblirait-il et nous priverait d’élus ? À moins que le postulat de départ soit que nous ferions moins de 5% ?

Avec de tels raisonnements, on ne se présente plus ni aux présidentielles, ni dans plus de la moitié des circonscriptions de ce pays, ni aux cantonales, ni dans les villes !

Avoir et tenir une ligne nationale crédible, s’y tenir, faire preuve de solidarité, ça n’est pas s’affaiblir ou s’affadir, c’est au contraire redonner de la force et de l’espoir à cette force militante qui plie mais ne rompt point.

Serions-nous condamnés à n’être qu’une force d’appoint ?


Un autre rassemblement, autrement, pour enfin répondre aux besoins du peuple !

Je n’étonnerai personne en disant ouvertement qu’à sa création le Front de Gauche m’a laissé sceptique. Mais la vie, l’action commune, le débat d’idées, le combat commun, m’ont fait progressivement voir les choses différemment. Les résultats des élections européennes nous ont aussi fait apercevoir que sans être extraordinaire, l’expérience Front de Gauche était positive et que, surtout, elle avait permis de redonner de l’espoir là où l’on survivait plus que l’on ne vivait.

Des femmes et des hommes d’horizons différents ont appris à se connaître, à se respecter, à s’apprécier ! Ils ont surtout redécouvert que rassemblés on a plus de forces que séparés.

A partir de cette réalité et sans précipiter les choses (nous ne parlons pas de fusion politique mais de rassemblement), je suis persuadé qu’il est de notre devoir de réitérer nos appels au rassemblement en direction de ceux qui ne les avaient pas entendus, d’appeler les femmes et les hommes de gauche troublés par ce qu’ils vivent dans d’autres organisations à faire un bout de chemin avec nous, d’appeler ceux qui sont isolés mais ne veulent pas rester spectateurs de leur vie à nous rejoindre !

Pour faire quoi ?

C’est ce que nous devons définir collectivement, mais assurément une politique radicalement différente de celle que subissent actuellement les Françaises et les Français.

Une politique qui mette au centre des préoccupations les besoins des femmes et des hommes, une politique qui réaffirme l’existence de services publics forts pour permettre la solidarité nationale, une politique qui retire de l’emprise du marché des domaines comme : l’énergie, la santé, une politique qui fasse du développement du territoire un enjeu majeur, une politique qui permette à chacun de toucher la juste rémunération de son travail, une politique qui ne prenne à nul endroit dans la poche des plus humbles pour enrichir ceux qui croulent sous la richesse, une politique qui permette à chaque Français de se nourrir décemment…

Ce rassemblement nous le ferons évidement avec ceux qui le souhaiteront et nul n’en est a priori exclus. Encore faut-il partager un minimum de choses. Certes la droite et son extrême sont nos seuls adversaires de classe. Mais ne nous cachons pas que nous avons également le devoir de disputer leur influence à ceux qui d’une manière ou d’une autre favorisent des politiques nocives pour nos populations. Nous devons leur faire face.

S’il est bien vrai que le Front de Gauche n’a pas vocation à combattre une partie de la gauche, il ne doit pas non plus avoir pour vocation d’en rabattre sans avoir mené le combat, de contribuer à faire croire que la souffrance sous assistance médicale est la seule perspective crédible.

Les anciens disent qu’il vaut mieux parfois être seul que mal accompagné, à nous de voir.

Pour ce qui me concerne, j’ai la conviction que nous avons contribué à rendre l’espoir, nous devons faire plus et mieux encore dans le rassemblement tout en continuant à être divers. Beaucoup nous regardent et attendent avec impatience, ne leur donnons pas l’impression que nous voulons en rabattre, mais qu’au contraire la force qui monte tire sa force de son authenticité.

Faisons le choix de la perspective crédible s’inscrivant dans la durée, donnons à chacun le sentiment d’être respecté pour ce qu’il est, ouvrons la voie à des rassemblements victorieux !

C’est possible pour les scrutins régionaux et départementaux, c’est possible également pour les scrutions nationaux. J’entends ici où là que Jean-Luc Mélenchon aurait des ambitions, et alors ? Un homme politique qui n’a pas d’ambition pour lui-même et ceux qui lui accordent confiance, est inutile. Je lis aussi que le communiste Alain Bocquet pourrait être disponible pour le même scrutin (ça me va bien) ! Tant mieux, au moins il y aura débat ! A nous de savoir comment porter une ambition commune.


Le pouvoir aux adhérents

Puisque cette question est compliquée, ma conclusion sera d’être simple. Ouvrons ce débat en grand. Cela veut dire : permettons à chacun de s’exprimer et laissons les adhérents, ceux qui paient leurs timbres et qui consacrent leur temps et leur énergie à la défense de leurs idées et à la construction d’un autre monde, décider. Pour tout problème la solution est l’intelligence collective, et donc le vote. C’est d’ailleurs notre projet pour la société.

 

Par Section EURE SEINE - Publié dans : élections régionales - Communauté : Les blogs communistes
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