L’auteur de « l’Homme révolté » avait quarante-sept ans. Prix Nobel
de littérature, il était hanté par l’absence de Dieu et habité par la liberté humaine.
Quatre janvier 1960. Une Facel Vegas’écrase contre un arbre dans l’Yonne. C’est la voiture de Michel Gallimard, fils de l’éditeur. À son bord sa femme Janine, sa fille Anne et Albert Camus.
Michel Gallimard mourra cinq jours plus tard. Camus est tué sur le coup. Il avait quarante-sept ans.
On retrouvera dans l’épave son dernier manuscrit, inachevé, le Premier Homme. Il est dédié à sa mère avec ces mots : « À toi qui ne pourras jamais lire ce livre. »
Catherine Camus n’a jamais appris à lire. Restée veuve en 1914 après la mort de son mari, modeste employé de la viticulture, mobilisé et blessé au front, elle devra travailler dur pour élever ses
deux fils.
Lucien, l’aîné, et Albert, né en 1913 à Mondovi, en Algérie. Lorsqu’il lui dédie ce livre, il est prix Nobel de littérature. Il l’a reçu en 1957 et l’a dédié, cette fois, à son instituteur, Louis
Germain. C’est lui qui, ayant remarqué les aptitudes du gamin, lui obtiendra une bourse pour entrer au lycée d’Alger. Il y brillera davantage comme gardien de but dans l’équipe de foot que par
des résultats exceptionnels, mais il se liera toutefois d’amitié avec son professeur de philosophie, Jean Grenier.
La philosophie. On disputera longtemps à Camus ce terrain. Car, très vite, il
en fait beaucoup.
Théâtre, adhésion au Parti communiste quitté deux ans plus tard, journalisme à Alger républicain avec une série de reportages sur la misère de la Kabylie. En quelques années, il écrit ses pièces
– le Malentendu, les Justes, Caligula ; ses romans – l’Étranger, la Peste, la Chute ; ses essais – l’Envers et l’endroit, le Mythe de Sisyphe, l’Homme révolté. Pendant la guerre, il
écrit dans Combat, l’un des journaux de la Résistance, et devient dès l’après-guerre son éditorialiste. C’est à ce titre que, le 8 août 1945, au surlendemain d’Hiroshima, il est le seul, oui le
seul, à adresser au monde cette mise en garde : « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins
proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. »
Benjamin Biolay sort la Superbe, double album de vingt-trois chansons.
Magnifique opus au romantisme tourmenté qui explore de nombreux climats sonores.
À l’image du regretté Alain Bashung ou de Jean-Louis Murat, il faudrait toujours écouter Benjamin Biolay un soir de pluie, un jour de spleen. Après Trash Yéyé, il revient avec la Superbe, double
album de vingt-trois titres aussi mélancoliques que cinématographiques.
Ici, pas de chansons-clip vite consommées, mais un univers dense et complexe où se dévoilent des torrents d’émotion. Jazz à la Chet Backer, pop-rock façon New Order, mais aussi électro, bossa,
hip-hop… Biolay est de tous les registres, porté par une voix chaude, plus ample qu’à l’habitude.
Profonde, enveloppante, sa musique agit comme un film (excellent duo avec Jeanne Cherhal sur Brandt Rhapsody) où le chanteur nous piège pour ne plus nous lâcher. Un opus au romantisme tourmenté
d’une totale beauté.
La superbe, bonne écoute